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Rétrospective 2008 : l'année où Bouygues Telecom devient fournisseur d'accès Internet

L'année 2008 est celle de la grande bascule pour Bouygues Telecom. Pure player du mobile depuis sa création, l'opérateur a construit en quelques mois l'infrastructure et l'écosystème d'un nouveau métier de fournisseur d'accès à Internet. De la sélection de Thomson comme partenaire industriel pour la Bbox au rachat de 626 NRA dégroupés auprès de Neuf Cegetel, du lancement commercial du 20 octobre aux premières installations chez les clients pionniers, en passant par la riposte mobile menée avec les forfaits Neo.2 face à Illimytics de SFR et Origami Star d'Orange, retour sur les temps forts.
Mis à jour le 13 mai 2026
Lecture 5 min
Rédigé par Marie Tugler
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Thomson DBI8500 et TG784 : Bouygues Telecom choisit son partenaire industriel pour la Bbox

Avant de lancer commercialement son offre, Bouygues Telecom a dû arrêter le choix d'un fabricant pour les deux pièces maîtresses du Triple Play : le modem ADSL et le décodeur TV. L'opérateur a finalement opté pour Thomson, à rebours de plusieurs choix concurrents.

Côté décodeur, la Bbox embarque un modèle Thomson DBI8500, capable d'accueillir jusqu'à 160 Go de stockage. Bouygues Telecom retient une configuration de 120 Go, avec sortie HDMI/HDCP, codecs H264, AAC et VC1, compatibilité avec les standards ouverts DVB et l'option terrestre DVB-T pour la TNT.

Côté modem, c'est le Thomson TG784, plateforme dédiée aux services Triple Play, qui alimente la Bbox. Il intègre du Wi-Fi 802.11b/g, deux ports téléphone, quatre ports Ethernet, un port USB 2.0, ainsi qu'un firewall, des filtres et la prise en charge UPnP.

Ce choix tranche avec celui de la concurrence : Free et Neuf Cegetel développent leurs propres modems en interne, Orange s'appuie sur Sagem et Inventel, et SFR, Tele2 et Darty se tournent vers Bewan. En s'alliant à Thomson, Bouygues Telecom mise sur un industriel reconnu pour démarrer son aventure ADSL.

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626 NRA dégroupés rachetés à Neuf Cegetel : la base d'infrastructure

Pour proposer un Triple Play à un prix compétitif, un FAI doit dégrouper le plus de centraux téléphoniques possible : c'est-à-dire installer ses propres équipements dans les NRA (Nœuds de Raccordement Abonnés) plutôt que de louer la totalité de la ligne à France Telecom. Bouygues Telecom partait de zéro sur ce terrain.

L'opérateur a accéléré en rachetant 626 NRA dégroupés à Neuf Cegetel, opération effective au 30 juin 2008. Ces NRA proviendraient en grande partie de l'ancien Club Internet, dont l'infrastructure avait été maintenue en parallèle par Neuf Cegetel après son rachat. La base de référence de Club Internet faisait pourtant état d'environ 585 NRA dégroupés, laissant une cinquantaine d'unités supplémentaires sans origine clairement identifiée.

Cette acquisition d'un seul coup couvre la quasi-totalité des grandes agglomérations françaises (Paris, Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux) ainsi qu'un grand nombre de communes plus petites, de la Bretagne à l'Alsace. C'est ce socle qui permettra à Bouygues Telecom de lancer son offre commerciale quelques mois plus tard, sans avoir à attendre des années de déploiement physique.

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20 octobre 2008 : lancement officiel de la Bbox

Après plusieurs semaines de teasing estival, la Bbox est devenue commercialisable le 20 octobre 2008. L'offre se décline en plusieurs paliers : Internet + téléphone illimité vers 65 destinations + TV 50 chaînes + 3 heures mobiles incluses au tarif de référence, une variante sans les 3 heures mobiles à 29,90 €/mois, et une formule Internet seul à 19,90 €/mois. Les clients déjà abonnés au mobile Bouygues Telecom bénéficient d'un avantage maison : 6 heures mobiles incluses au lieu de 3.

Le test d'éligibilité s'appuie sur l'atténuation du signal exprimée en décibels : à 49 dB théoriques, la TV n'est pas accessible, alors qu'elle l'est à 29 dB. L'opérateur fixe le délai d'installation entre 1 et 3 semaines en dégroupage total.

Côté options, l'enregistreur numérique de 120 Go est facturé 5 €/mois, l'antivirus Norton 5 €/mois (avec deux mois offerts), et le bouquet TV étendu offert pendant deux mois également. L'installation à domicile reste symbolique à 1 €, financée pour moitié par Bouygues Telecom et pour moitié sous forme d'avoir fiscal côté client. L'opérateur prend également en charge jusqu'à 50 € de frais de résiliation chez l'ancien fournisseur d'accès. Côté accessoires, la clé Wi-Fi est proposée à 29,90 € et le kit CPL à 99,90 €.

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Premiers retours d'installation : la Bbox arrive chez les clients

Au lendemain du lancement commercial, le forum lafibre.info publie un reportage photographique signé Vivien, documentant l'installation chez un client raccordé en zone dégroupée. La Bbox avait préalablement fait l'objet d'une phase de bêta test auprès de clients privilégiés avant son ouverture grand public.

Le cas est instructif : le client est situé à 4 km de son NRA, avec une atténuation théorique de 43 dB et une atténuation réelle de 51 dB. Malgré cette distance importante, l'offre TV reste accessible et la ligne synchronise à 4,3 Mbps. Le colis livré comprend la Bbox, la Set Top Box équipée d'un disque dur de 120 Go, ainsi qu'une documentation complète : schémas, guides d'installation et CD-Rom.

La Bbox propose quatre connecteurs Ethernet (un pour la Set Top Box, trois pour les ordinateurs), du Wi-Fi intégré, une seconde prise téléphone protégée par un capuchon, un mode routé pour le décodeur TV et une IP fixe fournie par Bouygues Telecom : un point différenciant qui ouvre la porte à de l'auto-hébergement et à la prise de contrôle à distance. La Set Top Box embarque un tuner TNT HD, une sortie HDMI 1.1, deux sorties audio numériques (coaxiale et optique), deux sorties Péritel RVB, une sortie YUV en composantes et deux ports USB.

L'installateur apprécie quelques détails : le câble HDMI fourni dans le pack, l'étiquette autocollante portant la clé WPA, et la simplicité de la mise en route Wi-Fi via un bouton frontal et le CD-Rom d'installation.

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Côté mobile, Neo.2 contre Illimytics et Origami Star

L'arrivée dans le fixe ne signifie pas que Bouygues Telecom néglige son cœur de métier. Le 10 septembre 2008, l'opérateur lance la nouvelle gamme Neo.2, en réponse directe aux Illimytics de SFR et aux Origami Star d'Orange.

Les forfaits Neo.2 combinent voix et SMS illimités sur une plage horaire au choix avec 2 heures d'appels en journée vers les fixes et mobiles de France métropolitaine, des DOM et des États-Unis. Le Web et la messagerie sont accessibles en illimité 24h/24, 7j/7, dans la limite de 500 Mo de fair use et avec des emails plafonnés à 300 Ko, plafond annoncé à 1 Mo en novembre. Côté tarifs, la grille s'étend de 34,90 € à 64,90 € par mois selon la plage horaire d'illimité retenue.

L'offre s'appuie sur le réseau EDGE qui couvre alors plus de 93 % de la population, et sur la 3G+ déjà disponible dans une douzaine de grandes villes (Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Nice, Rouen, Strasbourg, Toulouse, Montpellier, Toulon). Les BlackBerry figurent au catalogue compatible. En souscription web, Bouygues Telecom ajoute 120 SMS offerts pendant 12 mois, la facturation détaillée gratuite et 10 € de remise sur la première facture.

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2008, l'année où Bouygues Telecom devient un opérateur convergent

En quelques mois, Bouygues Telecom est passé du statut de pur opérateur mobile à celui d'opérateur convergent, capable de proposer une offre fixe ADSL, du téléphone illimité, de la TV et du mobile sous une même marque. Le choix de Thomson pour le hardware, l'acquisition rapide de 626 NRA dégroupés auprès de Neuf Cegetel, le lancement commercial du 20 octobre et les premiers retours terrain ont jalonné cette mutation.

Côté mobile, la riposte par Neo.2 a permis de répondre aux nouvelles offres illimitées des concurrents, dans un contexte où le réseau EDGE atteignait une couverture quasi nationale et où la 3G+ commençait à s'installer dans les grandes métropoles. Cette année fondatrice posait les bases d'un opérateur capable de jouer sur les deux tableaux, et ouvrait la voie aux montées en puissance des années suivantes.

Rétrospective par année